Ce que la Renarde doit aux livres

Le feuilleton se termine avec l'épisode 12, l’enquête se resserre, jusqu’à quelques conclusions. Beaucoup de portes se sont présentées sur le chemin de cette enquête, certaines ont été ouvertes, d’autres non. À un moment, il faut cesser d’investiguer pour vivre le présent. L’enquête aura, au mieux, permis de cesser de regarder le présent avec les yeux du passé. Ou bien de creuser la sensation que rien ne manque à l’instant présent, pour peu que l’on n’y ajoute rien. Sait-on ce qui transforme, est ce de chercher ou bien de trouver ?

12.Bruno arbreQuoi qu’il en soit, la Renarde ne pourrait pas se terminer sans que je remercie ceux qui nous ont accompagnés, les scientifiques qui ont apporté leur éclairage au récit familial, mais aussi ceux qui ont « nourri » ce travail durant sa gestation, lui ont permis de s’élaborer, de trouver sa forme et son expression.

 

La Renarde est une œuvre visuelle et sonore. Paradoxalement, seules les bulles qui traversent l’image de temps en temps semblent ramener à l’univers du livre, par le biais de la bande dessinée. Il n’est reste pas moins que l’œuvre est conçue à partir d’un texte. Il a été écrit en premier et l’on m’a longtemps demandé pourquoi j’avais besoin de mettre des images là dessus. Maintenant, je sais : j’avais besoin de la couche de sens des images en plus, j’avais besoin d’ajouter d’autres niveaux de signification pour pouvoir exprimer ce qui poussait en moi.

12-Nathalie CREATIONNathalie Heinich le dit très clairement dans une des bulles de l’épisode 12, quand elle exprime cette nécessité que connaissent tous les auteurs à donner vie à quelque chose qui veut s’exprimer. Dans son autobiographie, Françoise Giroud écrit qu’elle n’écrit pas son autobiographie, elle s’acquitte de ses dettes envers ceux qui lui ont permis d’être ce qu’elle a été, en exprimant ce qu’elle leur doit. J’ai aimé la formule. L’heure est venue pour moi d’en faire autant pour la Renarde, dont la gestation doit beaucoup à l’univers de quelques auteurs et quelques livres, directement ou par un cheminement souterrain.

J’ai déjà parlé dans un autre article de « Tintin chez le psychanalyste » de Serge Tisseron qui m’a branchée sur la psychanalyse transgénérationnelle. D’autres lectures ont suivi sur ce thème parmi lesquelles je retiens « Comment payent-on les fautes de ses ancêtres » de Nina Canault que j’ai prété à mon amie Claudine, qui ne me l’a jamais rendu et à qui je ne l’ai jamais réclamé, en pensant qu’elle avait besoin de le garder. Et aussi le livre de Tobie Nathan, ce médecin qui soigne sous la forme de l’ethnopsychiatrie, un livre que j’ai acheté pour son titre «Fier de n’avoir ni pays ni amis, quelle sottise c’était» et qui a tenu ses promesses. J’ai déjà parlé du roman policier d’Eric Ambler « l’héritage Schirmer » qui parlait visiblement directement à mon inconscient, tout comme plus récemment par « la fête de l’ours » de Jordi Soler, qui avec deux autres ouvrages, les seuls qu’il ait écrit me semble-t-il, m’ont empêchée de sortir, travailler et dormir tant que je n’en ai pas eu fini la lecture – mais m’ont aussi permis de briller en société tant je me suis trouver à les raconter comme si je les avais écrit moi même. Le canal qui me relie à eux est clair, il y a une résonnance directe, il s’agit toujours de se relier à ses ancêtres.

J’avais approché le travail de Nathalie Heinich il y a longtemps par le livre « Mères-filles, une relation à trois » écrit par elle-même et Caroline Eliacheff, un des rares livres que j’ai lu sur le conseil de quelqu’un : ma pratique est de les découvrir par moi-même dans une librairie, avec le sentiment qu’ils apparaissent quand le temps est venu pour moi. J’ai quelques souvenirs douloureux d’avoir emprunté des livres marquant, comme une autobiographie de Céline et une autre de Man Ray, en bibliothèque et qu’ils aient ainsi disparu de ma vie. J’ai tranché il y a longtemps, et les achète. Les livres sont trop vivants pour moi, j’ai du mal à supporter la désinvolture de ne faire que les lire. Pour revenir à Nathalie Heinich, j’ai découvert « Maisons perdues » au travers d’un article du supplément du journal Le Monde du jeudi, à un moment où le projet la Renarde était déjà bien en place. L’adjectif perdues a été tellement fort pour moi que je l’ai quasi immédiatement contactée (après la lecture de son livre tout de même) pour lui donner la parole dans la Renarde. Mais je préfère parler de ce livre dans un autre article, consacré à l’autofiction.

Un autre auteur très important pour moi est Emmanuel Carrère, dont je dois avoir lu tous les livres. En ce moment, je crois que mon préféré est « un roman russe ». Pour moi, il s’agit clairement d’une enquête transgénérationnelle qui s’ignore –mais dont il prend conscience, à moins qu’il n’ait fait le choix de ne le révéler au lecteur qu’à la fin, il en est capable. Il me semble même que je lui dois la métaphore du renard que la directrice des archives de Seine-et-Marne, Isabelle Rambaud, qui a accompagné le projet, résume ainsi : La Renarde en référence à l’histoire rapportée par Plutarque (Vie de Lycurgue, XVIII, 1) qui met en scène un jeune spartiate préférant se faire dévorer le foie par un renardeau qu’il a volé et en mourir plutôt que d’admettre son forfait : ainsi l’Histoire risque-t-elle de dévorer secrètement ceux qui enfouissent leur passé dans l’oubli. J’y ai fait référence longtemps, chaque fois que l’on me questionnait sur le pourquoi ce titre de la renarde. Cela faisait plutôt peur. Je dois à l’architecte Remy Butler (qui a aussi écrit quelques livres dont «Réflexion sur la question architecturale », un des rares livres sur l’architecture qui ait fait sens pour moi) un ancrage un peu plus sport : dans la mythologie chinoise, la renarde représente le désir féminin. Nous étions presque au terme de l'élaboration du projet, Colette Constantini et moi-même en sommes restées stupéfaites.

Il y a une dernière catégorie de livres dont j’aimerai parler, celle qui parle du visuel. J’ai été fascinée par « cité de verre » de Paul Auster, où le narrateur observe un homme qui parcours New York sans logique aucune, jusqu’au moment où il se rend compte qu’il écrit un texte avec son parcours. Le livre de Pierre Bayard « qui a tué Roger Ackroyd » qui m’a été offert par ma première éditrice Guillemette Morel-Journel, m’a paru très culotté : il remet en question la conclusion de l’auteur, Agatha Christie, dans « le meurtre de Roger Ackroyd » qui passe pour un ovni dans la littérature policière de l’époque car le meurtrier n’est autre que le narrateur (on en revient à l’autofiction) et propose une autre solution à l’énigme en réfléchissant à la psychologie d’Agatha Christie. J’aime le premier car il parle d’une couche cachée de la réalité et le second parce que l’auteur ne se laisse pas faire par le réel. Quelle idée de venir contredire un auteur dans son œuvre même. S’il y a bien un terrain où la subjectivité est reine c’est celui-ci. J’aime cette confusion entre le réel et le livre.

 

Il y a aussi celui que je présente souvent comme mon livre préféré « un jour avec Picasso », de Billy Klüver. C’est un livre documentaire, pas une fiction. L’auteur est commissaire d’exposition et trouve dans ses recherches  une série de photos d’artistes alors miséreux, au début du siècle, qui visiblement s’amusent à prendre des poses devant un copain qui a un appareil photo – qui se révèle être jean Cocteau . Il ne se passe rien de notable mais il mène une enquête serrée pour faire rendre tout son suc à ce moment du quotidien : jour, heure, marque de l’appareil photo. Un moment banal est ainsi extrait du flot du temps, du tissu du temps comme disait le cinéaste Chris Marker, et révèle ainsi son caractère infiniment précieux et sa capacité à se déployer.

Je vais terminer par un homonyme, « la Renarde », un recueil de poème un peu sybillin de william S.Merwin, traduit par Luc de Goustine, trouvé dans une librairie de Périgueux, qui vibre des ambiances du Quercy, tout comme j’avais passionnément autrefois les poèmes de Mririda Naït Attiq, une villageoise poétesse marocaine des années 1930. Ce sont des livres dont je m’étonne qu’ils aient trouvé leur chemin jusqu’à moi.

 

 

 

Un parcours militaire durant la Grande guerre, de la citadelle d’Amiens à l’internement en Suisse

Le centre de gravité des familles se déplace, et la Renarde migre durant l'épisode 11. Elle quitte le territoire rural de la Seine et Marne pour devenir urbaine, entre le quartier de Belleville, à Paris, et Amiens. De la même manière, dans les familles, certains personnages que l'on croyait secondaires, se révèlent actifs. Ils travaillent en sourdine le roman familial.

Capture d’écran 2016-07-31 à 11.27.54À Amiens, la Citadelle sera bientôt une université. Il y a cent trente ans, elle abritait une garnison et mon ancêtre aimait beaucoup se promener de ce côté-là, elle y cherchait manifestement un mari. Plus tard, elle n'a pas hésité à franchir des frontières en temps de guerre pour aller le retrouver. Etait-ce alors une amoureuse ou une bourgeoise qui venait récupérer son Capture d’écran 2016-07-31 à 11.27.19capital ?
arrivée convoi internementL'épisode nous entraîne aussi vers la culture du travail propre à chaque famille. Dans la Renarde, on est dans la construction et l'exploration de l'arbre généalogique révèle que cela se retrouve dans plusieurs branches. Cela nous ramène aux carrières de gypse, avec une interrogation sur le sous-sol, qui peut s'effondrer subitement. En surface, tout à l’air si paisible. Les êtres humains, eux, envoient au préalable des signaux...

 

Quand l’épigénétique éclaire (peut-être) le transgénérationnel

Le thème du féminin irrigue la Renarde depuis le début, mais en sous-sol, et il commence à apparaitre au grand jour dans l'épisode 10.Capture d’écran 2016-07-28 à 12.31.39C'est une sorte de résurgence, ou bien comme lorsque des ruisseaux se rejoignent pour devenir rivière. Jusque-là, il n’y avait que des indices.Le principal est au son : la voix off qui conte cette histoire est exclusivement féminines, des femmes d’âges, de milieux sociaux, de tessiture, de phrasés différents, mais qui toutes disent « je ». Elles prennent tour à tour la parole et ce « je » est comme un bâton de relais dans une course d’endurance. Un autre indice est visuel, avec la présence récurrente de la lune… Les deux « psys » qui accompagnent l’histoire depuis le début, Bruno Clavier et Danièle Flaumenbaum, se sont déplacés sur le thème du féminin depuis l’épisode précédent. Dans l’épisode 9, ils parlaient du manque d’amour des mères pour elles-mêmes, qui empoisonnaient les lignées féminines et barraient le chemin de la rencontre sexuelle. Dans l’épisode 10, ils évoquent l’analyse de l’anthropologue Françoise Héritier pour remonter aux sources de ce manque d’amour, dans l’oppression exercée par les hommes sur les femmes depuis la nuit des temps, dans toutes les cultures. Une nouvelle personnalité fait son apparition dans ces « accompagnants » : la chercheuse en génétique de l’université de Genève, Ariane Giacobino, qui évoque une nouvelle discipline, l’épigénétique, qui éclaire les problématiques du transgénérationnel. L’enquête quitte également le territoire rural de Cocherel, pour le quartier de Belleville, à Paris.

Quand les outils de l’architecte servent à investiguer sur sa famille

L’ épisode 9 s'intitule « le cinéma » et il contient un petit joyau des années trente.  Capture d’écran 2016-07-31 à 12.02.52Mais, avant d'en arriver là, il met le métier d’architecte au premier plan pour mener l’enquête: la maison, dans laquelle il était impossible de pénétrer et qui figure dans le film en maquette, est désossée. Elle est ouverte, démantelée, son aménagement intérieur est analysé et l’architecte et historienne Anne Debarre vient appuyer ce propos. Capture d’écran 2016-07-31 à 11.56.31

Puis l’analyse change d’échelle, avec un zoom arrière sur la morphologie de la maison sur sa parcelle, et encore plus large, avec l’observation des cartes à l’échelle du territoire. Capture d’écran 2016-07-31 à 11.57.25

Capture d’écran 2016-07-31 à 11.26.34Pour celui qui n’est pas familier avec les méthodes de lecture des architectes et des urbanistes, cela devient très concret : cela raconte comment la physionomie de nos lieux de vie est modelée par les rapports sociaux. Un paysage est très morcelé de champs lorsque les petits propriétaires sont très nombreux ; de très grandes étendues signalent au contraire un unique propriétaire. Ou encore : si le XIXe siècle est celui de l’exode rural, celui de XXe est celui du réinvestissement des campagne, de la transformation des fermes en maison, en résidence secondaire, et cette histoire est moins connue. Le dessin du parcellaire permet de suivre cela pas à pas. C’est un peu comme si les hommes avaient scarifié le sol, marquant des traces de leur trajectoire dans l’existence.Capture d’écran 2016-07-31 à 12.02.15

Ma mère et moi

Vous connaissez peut-être les romans policiers d’Eric Ambler (1909-1998)… ? J’ai été fascinée par L’héritage Schirmer… Le nœud de l’histoire met en scène un soldat déserteur qui brusquement se réinscrit dans sa lignée, et ce petit passage d’un livre apparemment anodin a pour moi été bouleversant. Dans le livre, il y a un messager ; dans la « vraie vie », c’est ce même besoin qui lance des personnes aux tempéraments très variés sur les chemins de la recherche généalogique. « On » fait souvent semblant de le prendre pour un passe-temps agréable pour retraité, même si pour moi ce « on » désigne tout ceux qui considèrent que le travail sur soi est un truc tordu, lourd, austère, etc. Le travail sur l’arbre parait déjà plus sulfureux puisqu’il s’agit de psychanalyse et que ce « on » a capté que « ça » perturbe. Je dirais qu’il s’agit de se transformer. Peut-être ne s’agit-il au fond que de transformer son rapport au monde ? Mais là, je m’égare, je pense à ma mère qui a longtemps clôt toute discussion en disant « Je suis comme ça, vous ne me changerez pas »…

Quelle folie de penser qu’il est impossible de changer, alors que le monde change en permanence autour de nous et nous soumet toujours à des situations différentes – de toutes petites différences, ou de très grandes. Pourtant, quand nous disons « je », depuis que nous avons six ou sept ans, nous faisons référence au même sentiment intérieur. À trente, quarante, soixante, quatre-vingt ans, nous ne sommes plus les mêmes et pourtant ce sentiment intérieur du « je » est le même. Qu’est ce qui ne change pas alors ? Je ne vais quand même pas donner raison à ma mère !

Le huitième épisode est métaphysique… Il cherche dans les filiations entre les prénoms, dans les répétitions de dates, dans les noms inscrits dans le territoire. Et quand il trouve, on dirait qu’il n’en mesure pas la portée.

 

 

Une histoire de sous-sol

L'épisode 7 entraîne vers le XIXe siècle, à une époque où l'économie du plâtre fait son apparition et modèle le territoire. Si l'enquête généalogique est une histoire de sous-sol en terme de psychologie, le sous-sol devient alors concret....

Une économie oubliée

Lorsque j’ai commencé cette histoire, je ne m’étais jamais intéressée au métier de mes ancêtres. À un moment, ma tante m’avait glissé « qu’ils avaient des fours à chaux », mais cela n’avait pas spécialement retenu mon attention. En plus, il s’est avéré que le terme n’était pas exact, il s’agissait en fait de fours à plâtre comme il me serait précisé plus tard. J’avais tout de même étudié le topoguide de ce secteur de Seine-et-Marne, qui mentionnait des plâtrières du côté du hameau de Vendrest ; j’avais été voir, je n’avais rien trouvé. Lors de ma première visite à la mairie de Cocherel, pour plonger dans les archives de l’Etat civil, j’avais posé la question du lieu de ces exploitations à la secrétaire de mairie qui m’avait répondu n’en avoir jamais entendu parler.

Il m’a fallu la rencontre avec Vincent Farion, le directeur du musée du plâtre de Cormeilles-en-Parisis, et l’historien Jacques Hantraye, pour mesurer l’importance de la fabrication du plâtre dans ce secteur. Si l’exploitation du gypse existe depuis l’époque romaine, elle a connu un essor au XIXe siècle, avant de se résorber progressivement. Le gisement de Cocherel est petit et n’a pas résisté à la mutation industrielle, à la concentration des moyens de production qui s’est mis en place au tournant du siècle. Grâce à eux, j’ai découvert tout un monde: un gisement en sous-sol, et c’est pour cela que je n’en voyais aucune trace dans mes explorations du territoire ; la création de minuscules ports pour acheminer le matériau vers les centres urbains, et cela éclairait la toponymie de lieux-dits sur la Marne, où croyant aller voir un lieu aménagé avec peut-être des guinguettes je n’y avais trouvé qu’un morceau de nature. Vincent Farion et Jacques Hantraye m’ont aussi décrit un monde rural bien plus complexe que ce que je croyais: des cultivateurs qui étaient aussi de petits exploitants ; la présence de fours, et donc de grandes cheminées, à proximité des maisons ; tout un monde de galeries en sous-sols dont les spéléogues Patrick et Joëlle Pallu, qui ont écrit le livre « souterrains et carrières d’Annet-sur-Marne », m’ont dit qu’elles n’étaient plus accessibles au public, trop dangereuses – d’autant qu’il n’y pas de plan de prévention des risques dans ce secteur de la Seine-et-Marne. On peut voir certaines images contemporaines de ces carrières dans l’ouvrage l’Atlas des carrières parisien. Elles ont été réalisées par le photographe Emmanuel Gaffard. Il y a aussi bien sûr les cartes postales anciennes qui montrent des petites et des grandes exploitations, dont une, gigantesque à Montreuil, cohabitant avec les fameux murs à pêche, issus d’une autre histoire socio-économique ancienne.

livre PalluMais ce grand récit du plâtre recélait aussi une surprise pour moi : La carrière était en sous-sol, on y descendait par des puits profonds de 15 à 20 mètres. L’histoire des puits de Cocherel avait pour moi son pesant d’imaginaire, depuis que ma tante m’avait rapporté les tribulations de ma famille vers septembre 1914, dont j’ai fait mention à l’épisode 2. Devant l’avancée des Allemands, ma famille s’est réfugiée à Cocherel et à son arrivée avait trouvé le village désert. Il ne restait que le curé. Il leur avait alors dit que les habitants avaient fui et jeté tout leur or dans les puits.

À l’époque, j’avais sans même réfléchir interprété qu’il s’agissait de puits d’eau. Mais comment espérer alors récupérer son bien dans ces conditions ? À quoi bon ? Maintenant, je comprend qu’il s’agissait de lieux bien connus, que les habitants ou anciens (puisque les carriers n’étaient plus en activité) avaient l’habitude d’y descendre, et c’était très légitime au contraire de penser que l’or y serait en sécurité. Une armée en campagne n’allait pas s’amuser à descendre dans ces puits. J’avais évoqué cette histoire des puits et de l’or jeté à fond perdu dans un groupe de thérapie. La psychanalyste m’avait dit qu’il y avait alors un trésor à trouver…? À vrai dire, je le cherche encore, mais je sens que cette vision du sous-sol, creusé par mes ancêtres (ainsi que cela sera raconté à l’épisode 11), lieu de dilution, de dilapidation, d’insécurité, transformé en lieu de la sécurité est un élément important de ce trésor à trouver. J’imagine hélas que ce sera de l’ordre du symbolique mais c’est déjà ça.

Bagnolet Carrière

 

Comment décrypter ce qui n’est pas dit avec les mots ?

La toponymie

L’épisode 6 est celui où la recherche de La Renarde bascule. Jusque-là, on tâtonne ; tout d’un coup, un axe apparaît : la nécessité d’aller voir sur place, de se frotter au site. Les mots ne suffisent plus. Il faut mettre en jeu le corps, capter physiquement les sensations d’un lieu.

Différentes strates du monde

Dans cet épisode, on scrute le paysage, le territoire. L’espace peut-il apporter des réponses à des questions que l’on ne sait pas cerner ?
Dans une des bulles, l’historien Jacques Hantraye donne une piste :
la toponymie raconte la manière dont les hommes ont modelé un territoire, dont ils l’ont exploité, occupé, dont ils se le sont partagé. L’espace parle. Il est modelé par la géographie, puis par l’histoire.
Il raconte aussi nos affects, quand nous nous installons à côté ou loin de quelqu’un. Il parle de nos goûts, de notre culture esthétique personnelle, quand les lieux que nous aimons sont épurés ou chargés d’objets ; rocailleux ou verdoyant, plats ou accidentés.

se frotter aux lieux
La Renarde : la nécessité de se frotter aux lieux

Nous ne leur avons pas donné la parole dans cet épisode ou dans le feuilleton, mais un sourcier sentirait l’eau, un paysagiste pourrait dire qu’une ligne de peupliers témoigne de sa présence en sous sol, un architecte pourrait parler des vents dominants en regardant les maisons traditionnelles. Pour autant, ces savoirs n’épuisent pas la compréhension du réel. Le peintre et écrivain Henri Cueco aborde le paysage comme un champ de projection des préoccupations personnelles de chacun. Quand lui voit la beauté d’un champ de Colza, un paysan y lit la nature du sol.
De même, dresser son arbre généalogique, en soi, ce n’est rien. Il faut la méthode que propose la psychanalyse transgénérationnelle pour en faire un outil efficace d’investigation personnelle.

Naître à soi

 

Le monde est ainsi fait de strates, que nous cherchons à décrypter pour nous orienter dans l’existence.

Plusieurs langages coexistent, chacun avec leurs limites, ou celles que nous lui donnons.

14-18, un événement marquant du droit humanitaire et du principe de neutralité

L'épisode 5 de La Renarde, à découvrir dimanche 26 juin, s'attarde sur le passé d'Albert Boisard, fait prisonnier de guerre en Allemagne, puis en Suisse. C'est l'occasion de se pencher sur les événements de la Guerre 14-18 qui ont marqué l'histoire du droit humanitaire, et la construction de la neutralité suisse, avec Patrick Bondallaz, historien.

L'intervention éclairante de Patrick Bondallaz dans l'épisode 6 de La Renarde
L'intervention éclairante de Patrick Bondallaz dans l'épisode 6 de La Renarde

Généralement, même dans la littérature ou la mémoire collective, la neutralité est très mal perçue. On traite les pays neutres comme étant des observateurs impuissants, passifs. Souvent, les neutres sont associés à des pleutres. Ce que l’on ignore, c’est que le plus souvent, la neutralité ne vient pas de l’intérieur. Ainsi, la neutralité suisse a été mise en place à partir de 1815 par les grandes nations européennes qui avaient besoin de préserver un espace de stabilité dans un jeu géopolitique.

Conjointement, la Croix-Rouge, que l’on n’appelait pas encore le CICR, a été créée en 1862 à Genève, par un citoyen suisse, et son drapeau est une sorte de négatif du drapeau suisse : un pictogramme identique, une croix aux branches d’une longueur équivalente, mais avec une inversion du rouge et blanc entre le fond et le motif.
La Croix-Rouge met en avant le principe de neutralité de la Suisse pour prendre la tête des opérations de secours aux blessés. Pour elle, comme pour le CICR, l’important est que le blessé, quelle que soit sa nationalité, soit avant tout considéré comme neutre.
De fait, les personnes qui peuvent porter secours à ces gens-là doivent également être neutres. Elles portent le brassard de la Croix-Rouge.

 

L'arrivée de prisonniers de guerre en Suisse
L'arrivée de prisonniers de guerre en Suisse

Durant la Grande Guerre, la Croix-Rouge et la Suisse vont ainsi jouer un rôle actif auprès des prisonniers de guerre. Des délégués vont pouvoir visiter les camps
et faire des rapports. Sur cette base, avec le soutien
du Vatican, la Suisse va proposer aux belligérants d’accueillir sur son sol les soldats les plus blessés, puis les prisonniers les plus anciens.

vive la suisse

Les germanophones seront ainsi accueillis en Suisse alémanique, les francophones en Suisse Romande,
les anglais ou membre du Commonwealth… au milieu.
Les Pays-Bas joueront le même rôle vis à vis des pays d’Europe orientale. La population accueillera avec enthousiasme ces soldats, comme en témoigne dans
La Renarde le journal du soldat Victor Escoffier.

Puis, l’enthousiasme se tarira vers la fin de la guerre, mais c’est une autre histoire, propre à la politique intérieure suisse…

 

Dis-moi comment tu enterres tes soldats, je te dirai d’où tu viens, les cimetières militaires de la Guerre 1914-1918

Dans l'épisode 4 de La Renarde, le lieutenant-colonel Frédéric Médard rappelle avec force l'imagerie de Verdun pendant la Guerre 1914-1918 : "ils ne passeront pas". Près d'un million et demi de soldats français tombent pendant cette guerre. Retour sur les cimetières qui les accueillent. 

La Renarde, episode 4
La Renarde, episode 4

Avec ¾ des cimetières militaires concentrés sur son territoire à l’issue de la Première Guerre mondiale, le Pas-de-Calais est devenu un lieu de mémoire vers lequel 600 000 personnes environ affluent chaque année. Au-delà d’être une destination de pèlerinage, ces cimetières font partie intégrante du paysage actuel, et se révèlent des témoignages anthropologiques précieux pour étudier la façon dont chaque nation enterre ses soldats.

Découvrir la carte Michelin n° 51 est édifiant. Une multitude de pastilles violettes dessine la ligne de front de la guerre de 1914-1918, la « grande guerre », celle qui une première fois a fait dire « plus jamais ça ». Dix millions d'hommes ont péri, dont 9 millions de soldats. Le département du Pas-de-Calais concentre les 3/4 des cimetières militaires : 20 allemands, 9 français, 1 portugais, 1 tchèque, 1 chinois, 17 mixtes et près de 250 dépendant de I'Ancien Empire britannique. Le nombre de tombes varie d’un site à l’autre, d'une quarantaine à près de 45 000. Avec le temps, ces sites sont devenus partie intégrante du paysage. Ils constituent également des lieux toujours vivants de pèlerinage, comme l’attestent les registres, signés par des visiteurs venus quelquefois de très loin. lls sont aussi devenus par la force des choses un vecteur de tourisme au niveau de Ia région. Le nombre de visiteurs est évidemment difficile à quantifier avec précision, mais tournerait autour de 600 000 personnes par an pour le Mémorial de Vimy, ce qui en fait le second site le plus fréquenté du Pas-de-Calais.

Cependant, ces cimetières ne sont pas que des lieux de mémoire. Par leur manière même de devenir constitutifs du paysage, ils servent le présent. Le propos est particulièrement évident pour les plus petits d'entre eux, issus du Commonwealth : Ils ont su mettre la géographie en valeur et articuler des étendues autrefois sans repères. Leur aménagement intérieur traduit également d'emblée leur appartenance à des nationalités différentes. À ce titre ils constituent de véritables documents d'anthropologie, tant la manière d'enterrer ses morts est propre à chaque culture.

On connaît l’histoire officielle, celle des combats, et les chiffres témoignant de très lourdes pertes durant les cinq premiers mois de la guerre : si l'armement était moderne, les conceptions d'attaque et de défense étaient restées traditionnelles. On connaît moins l’histoire du devenir des morts et des organisations qui se sont mises en place. Face à l‘ampleur du désastre, les pays belligérants ont dû en effet prendre très tôt des décisions. En France, la loi du 29 décembre 1915 promulgua le droit à une sépulture perpétuelle. Dans ce qui était encore l'empire britannique, dès 1915, une commission spéciale fut créée, l'Imperial War Graves Commission, sous l'égide de Fabian Ware, trop âgé pour combattre et qui choisit ainsi de se mettre au service de son pays.

Face à l‘horreur de la situation, les nations en guerre réagirent de la même manière : elles décidèrent d'offrir à chaque soldat une tombe personnelle. Jusque là, ce privilège était réservé aux officiers, dont le corps reposait généralement dans un caveau familial. Les simples soldats étaient enterrés ensemble, dans des fosses communes.

Le cimetière militaire est donc, à peu de choses près, une « invention » de la guerre de 1914-1918.

Toutes les nations en guerre ont cherché à impulser un sentiment d'éternité en évitant la sculpture sentimentale. Elles ont édicté des règles d'aménagement, fondées sur le principe d'égalité devant la mort. Quel qu'ait été le rang de la victime, les tombes furent toutes signalées par un même élément funéraire.

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Leffrincoucke, "le fort des dunes"

Les Britanniques retinrent la stèle, en raison du grand nombre de confessions qui se côtoyaient au sein de leurs troupes. Dans ce cadre, ils s'attachèrent ensuite à personnaliser, le plus possible les sépultures en gravant dans la pierre toutes les informations dont ils disposaient: nom, grade, date du décès, écusson du régiment, emblème de la religion (croix latine, étoile de David, croissant...) ou mention « libre penseur » et, parfois, une épitaphe choisie par la famille... Les Français, les Allemands et les Américains (même s'ils n'ont pas de cimetières près d'Arras) adoptèrent le principe de la croix latine, hormis pour les soldats juifs allemands et les musulmans qui furent identifiés par des stèles.

Cependant, une grande différence de sensibilité s'est imposée entre Britanniques et Français sur le sort réservé aux corps. Ceux-ci ont tout d'abord été enterrés sur le lieu même des combats, à l'endroit où ils étaient tombés, signalés par une croix de bois. Une fois la guerre terminée, se posa la question de la gestion de ces tombes.

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Les Français firent valoir le droit des familles à récupérer le corps pour l'ensevelir dans le lieu de leur choix, dans la mesure où elles le souhaitaient. Exhumer les dépouilles fut considéré comme une sorte de droit moral et l'Etat garantissait le cas échéant une sépulture militaire perpétuelle, à ses frais. En fin de compte, ce furent toutes les tombes françaises qui furent déplacées car les corps non réclamés furent regroupés dans des nécropoles, c'est-à-dire des cimetières militaires, ou bien, lorsqu'on ne pouvait plus les identifier, dans des ossuaires. Quelquefois, des carrés militaires avaient été implantés dans des cimetières civils. lls furent conservés. Les associations d'anciens combattants s’employèrent en outre à faire ériger des monuments commémoratifs.

Les corps allemands reçurent le même traitement, les vainqueurs imposant ainsi leur loi aux vaincus. Les tombes des soldats allemands furent déplacées et regroupées dans de grands sites, comme Neuville-Saint-Vaast.

Les Britanniques firent prévaloir une approche différente. Ils restèrent attachés en quelque sorte à un « droit du sol », ou une conception littérale du devoir de mémoire, et s'opposèrent à I'idée de déterrer les corps. Ils constituèrent une myriade de petits cimetières en lieu et place des combats qui aujourd’hui encore sont une caractéristique du paysage. Au sein du cimetière même, les tombes sont alignées en rang mais leur espacement est variable. Quelquefois, ces cimetières intègrent des tombes de soldats ennemis, signalant la mouvance de la ligne de front : lorsque le site était passé dans le camps adversaire, ceux-ci avaient respecté les morts, et enterré les leurs à côté.

L'Etat français mis gratuitement ces terrains à disposition des nations, adverses ou alliées, pour une durée illimitée, leur conférant un statut d’enclave territoriale. De fait, leur aménagement a été réalisé par des principes très différents.

Les sites français semblent avoir voulu avant tout exprimer crûment la douleur de la guerre : le cimetière est souvent implanté en bordure de la route et s’offre pleinement aux regards, en n’étant protégé que de manière fonctionnelle par un grillage. Les croix de bois du début ont été remplacées par des croix blanches en béton – qui était alors un matériau nouveau. Elles sont implantées de manière régulière sur un tapis de gazon avec, parfois, un rosier.

Le Commonwealth s’est préoccupé très tôt des sépultures de ses ressortissants, en mettant en place durant le conflit une commission spécifique, l’Imperial War Graves commission, puis en chargeant dès 1918 l’architecte très connu Edwin Luytens et la paysagiste Gertrude Jekill d’élaborer des principes d’aménagement, qui furent sur le terrain adaptés en fonction des caractéristiques du site. Le cimetière, généralement de petite, voire très petite, dimension, est bordé par un mur d’environ un mètre de haut, en pierre noire, et épouse les mouvements du relief. Ce mur se perçoit comme un socle d’où émerge le volume des arbres, chênes, charmes, tilleuls, hêtres, ifs. À l’intérieur, les tombes sont signalées par des stèles claires installées sur un lit de gazon. Le portail est en cuivre, des œuvres d’art sont parfois installées dans les bâtiments d’accueil, lorsque le cimetière est assez grand. Emiettés dans la campagne, ces lieux sont accessibles par un petit chemin en terre battue. Avec le temps, la vie ayant repris ses droits, certains se retrouvent dans des situations un peu folles, par exemple insérés dans une houblonnière. Tous ont en tout cas une grande valeur poétique et paysagère.

Les cimetières allemands témoignent des mêmes volontés paysagères. Leur inscription dans la campagne environnante est moins spectaculaire car il s'agit de sites de grande taille, implantés à proximité de la route – ce qui est un héritage français : en effet, les Allemands n’ont recouvré le droit de s’occuper de leurs sépultures qu’en 1926, soit 7 ans après la signature du traité de Versailles qui marqua officiellement la fin du conflit, à un moment où les morts avaient déjà été regroupés. Leur conception d’ensemble fut le fruit d'une équipe d’architectes et de paysagistes dirigée par l’architecte allemand Robert Tichier. Elle s’employa à adoucir la monotonie des lieux par des haies, des arbres et du gazon, véhiculant ainsi une idéologie pacifiste. Pour les chrétiens, les croix furent en bois jusqu’en 1966, puis remplacées par des éléments en fonte. Les soldats juifs disposent de stèles.

Héritières de cette histoire, trois organisations se partagent aujourd'hui la gestion de ces lieux : le secrétariat d'Etat aux Anciens combattants pour la France, le Commonwealth War Graves Commission pour les pays du Commonwealth ; le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge (Association populaire allemande pour I‘entretien des tombes militaires).

 

Ce texte est issu du document intitulé Les cimetières militaires de la guerre de 14-18, un héritage culturel et paysager du Pas-de-Calais, édité par la Direction département de l’équipement du Pas-de-Calais en 1998 et rédigé par Françoise Arnold

 

D’où vient le goût du dessin ?

L'épisode 4 de La Renarde, à découvrir dimanche 19 juin, évoque largement Serge Tisseron, et un texte fondateur autour du dessin et de la psychanalyse. Un long extrait est d'ailleurs proposé en accès libre dans la malle de l'épisode.

Tous les enfants dessinent, puis vers 7 ans, la plupart s’arrêtent. D’un côté, c’est bizarre que le monde de l’enfance soit à ce point homogène, c’est comme si dessiner était aussi fondamental que parler, marcher. Quant à s’arrêter, j’entend généralement incriminer le système scolaire français, trop normatif, trop axé sur la compétition, laissant trop peu de place à l’enseignement artistique.

Le texte du psychanalyste Serge Tisseron, que nous publions dans cet épisode 4, raconte tout autre chose. Ce texte était niché tout au fond d’un livre consacré à Tintin, en fait surtout à son auteur, Hergé. Selon Serge Tisseron, dessiner correspond à l’élaboration de l’œdipe chez l’enfant, c’est-à-dire à se séparer de sa mère, à réaliser peu à peu que l’on est une personne autonome. J’ai trouvé ce texte en 1985 et depuis je n’en ai pas repéré d’autres sur les enjeux, le sens du dessin pour les enfants. Peut-être en connaissez vous ?

Croquis d'une trisaïeule gommée de la mémoire familiale
Croquis d'une trisaïeule gommée de la mémoire familiale

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En tout cas, j’en ai tiré le raisonnement suivant : 7 ans, en principe, c’est fait, la mutation est accomplie et il est par conséquent normal que les enfants cessent de dessiner, l’école n’a rien à voir avec cela. Mais alors, tous ceux qui continuent à dessiner seraient ceux qui « rament » encore à se sentir séparés de leur maman ? Comme j’en fais partie, la nouvelle n’est pas très bonne. Mais c’est vrai que j’ai pu constater que mon impulsion à dessiner s’était émoussée avec le travail que j’ai fait en analyse.

Tout de même, il me semble que cette explication psychanalytique n’explique pas tout. On parle du don du dessin, on fait des liens entre personnes d’une même famille qui eux aussi aurait le « don ». Dans les milieux artistiques, on élude cette question du don, on met l’accent sur le travail, sur la fibre personnelle de l’artiste et « ce qu’il a à dire ». C’est vrai aussi. Mais qu’est ce que le talent alors ?

J’ai été étudiante aux Beaux-arts et sur la trentaine de personnes de l’atelier, bon nombre d’entre elles ne me semblaient pas être dépositaires de ce fameux don. J’avais plutôt l’impression qu’elles étaient là par peur du monde du travail. Un moment, le cours a consisté à dessiner un modèle vivant 3 heures chaque matin pendant un mois. Au bout d’un mois, tout le monde sait dessiner, les proportions sont justes. Mais les différences de personnalité sont là d’une manière éblouissante, aucun dessin ne se ressemble : les traits sont épais ou légers, une seule ligne ou de multiples cisaillements, etc. Certains sont émouvants, d’autres non. Alors que se passe-t-il ? Je sais qu’on met là dessus le mot sensibilité, mais cela ne m’amène nulle part, c’est trop fourre-tout. Et quel est le rapport avec l’œdipe… ?