Quand l’épigénétique éclaire (peut-être) le transgénérationnel

Le thème du féminin irrigue la Renarde depuis le début, mais en sous-sol, et il commence à apparaitre au grand jour dans l'épisode 10.Capture d’écran 2016-07-28 à 12.31.39C'est une sorte de résurgence, ou bien comme lorsque des ruisseaux se rejoignent pour devenir rivière. Jusque-là, il n’y avait que des indices.Le principal est au son : la voix off qui conte cette histoire est exclusivement féminines, des femmes d’âges, de milieux sociaux, de tessiture, de phrasés différents, mais qui toutes disent « je ». Elles prennent tour à tour la parole et ce « je » est comme un bâton de relais dans une course d’endurance. Un autre indice est visuel, avec la présence récurrente de la lune… Les deux « psys » qui accompagnent l’histoire depuis le début, Bruno Clavier et Danièle Flaumenbaum, se sont déplacés sur le thème du féminin depuis l’épisode précédent. Dans l’épisode 9, ils parlaient du manque d’amour des mères pour elles-mêmes, qui empoisonnaient les lignées féminines et barraient le chemin de la rencontre sexuelle. Dans l’épisode 10, ils évoquent l’analyse de l’anthropologue Françoise Héritier pour remonter aux sources de ce manque d’amour, dans l’oppression exercée par les hommes sur les femmes depuis la nuit des temps, dans toutes les cultures. Une nouvelle personnalité fait son apparition dans ces « accompagnants » : la chercheuse en génétique de l’université de Genève, Ariane Giacobino, qui évoque une nouvelle discipline, l’épigénétique, qui éclaire les problématiques du transgénérationnel. L’enquête quitte également le territoire rural de Cocherel, pour le quartier de Belleville, à Paris.

Comment décrypter ce qui n’est pas dit avec les mots ?

La toponymie

L’épisode 6 est celui où la recherche de La Renarde bascule. Jusque-là, on tâtonne ; tout d’un coup, un axe apparaît : la nécessité d’aller voir sur place, de se frotter au site. Les mots ne suffisent plus. Il faut mettre en jeu le corps, capter physiquement les sensations d’un lieu.

Différentes strates du monde

Dans cet épisode, on scrute le paysage, le territoire. L’espace peut-il apporter des réponses à des questions que l’on ne sait pas cerner ?
Dans une des bulles, l’historien Jacques Hantraye donne une piste :
la toponymie raconte la manière dont les hommes ont modelé un territoire, dont ils l’ont exploité, occupé, dont ils se le sont partagé. L’espace parle. Il est modelé par la géographie, puis par l’histoire.
Il raconte aussi nos affects, quand nous nous installons à côté ou loin de quelqu’un. Il parle de nos goûts, de notre culture esthétique personnelle, quand les lieux que nous aimons sont épurés ou chargés d’objets ; rocailleux ou verdoyant, plats ou accidentés.

se frotter aux lieux
La Renarde : la nécessité de se frotter aux lieux

Nous ne leur avons pas donné la parole dans cet épisode ou dans le feuilleton, mais un sourcier sentirait l’eau, un paysagiste pourrait dire qu’une ligne de peupliers témoigne de sa présence en sous sol, un architecte pourrait parler des vents dominants en regardant les maisons traditionnelles. Pour autant, ces savoirs n’épuisent pas la compréhension du réel. Le peintre et écrivain Henri Cueco aborde le paysage comme un champ de projection des préoccupations personnelles de chacun. Quand lui voit la beauté d’un champ de Colza, un paysan y lit la nature du sol.
De même, dresser son arbre généalogique, en soi, ce n’est rien. Il faut la méthode que propose la psychanalyse transgénérationnelle pour en faire un outil efficace d’investigation personnelle.

Naître à soi

 

Le monde est ainsi fait de strates, que nous cherchons à décrypter pour nous orienter dans l’existence.

Plusieurs langages coexistent, chacun avec leurs limites, ou celles que nous lui donnons.

14-18, un événement marquant du droit humanitaire et du principe de neutralité

L'épisode 5 de La Renarde, à découvrir dimanche 26 juin, s'attarde sur le passé d'Albert Boisard, fait prisonnier de guerre en Allemagne, puis en Suisse. C'est l'occasion de se pencher sur les événements de la Guerre 14-18 qui ont marqué l'histoire du droit humanitaire, et la construction de la neutralité suisse, avec Patrick Bondallaz, historien.

L'intervention éclairante de Patrick Bondallaz dans l'épisode 6 de La Renarde
L'intervention éclairante de Patrick Bondallaz dans l'épisode 6 de La Renarde

Généralement, même dans la littérature ou la mémoire collective, la neutralité est très mal perçue. On traite les pays neutres comme étant des observateurs impuissants, passifs. Souvent, les neutres sont associés à des pleutres. Ce que l’on ignore, c’est que le plus souvent, la neutralité ne vient pas de l’intérieur. Ainsi, la neutralité suisse a été mise en place à partir de 1815 par les grandes nations européennes qui avaient besoin de préserver un espace de stabilité dans un jeu géopolitique.

Conjointement, la Croix-Rouge, que l’on n’appelait pas encore le CICR, a été créée en 1862 à Genève, par un citoyen suisse, et son drapeau est une sorte de négatif du drapeau suisse : un pictogramme identique, une croix aux branches d’une longueur équivalente, mais avec une inversion du rouge et blanc entre le fond et le motif.
La Croix-Rouge met en avant le principe de neutralité de la Suisse pour prendre la tête des opérations de secours aux blessés. Pour elle, comme pour le CICR, l’important est que le blessé, quelle que soit sa nationalité, soit avant tout considéré comme neutre.
De fait, les personnes qui peuvent porter secours à ces gens-là doivent également être neutres. Elles portent le brassard de la Croix-Rouge.

 

L'arrivée de prisonniers de guerre en Suisse
L'arrivée de prisonniers de guerre en Suisse

Durant la Grande Guerre, la Croix-Rouge et la Suisse vont ainsi jouer un rôle actif auprès des prisonniers de guerre. Des délégués vont pouvoir visiter les camps
et faire des rapports. Sur cette base, avec le soutien
du Vatican, la Suisse va proposer aux belligérants d’accueillir sur son sol les soldats les plus blessés, puis les prisonniers les plus anciens.

vive la suisse

Les germanophones seront ainsi accueillis en Suisse alémanique, les francophones en Suisse Romande,
les anglais ou membre du Commonwealth… au milieu.
Les Pays-Bas joueront le même rôle vis à vis des pays d’Europe orientale. La population accueillera avec enthousiasme ces soldats, comme en témoigne dans
La Renarde le journal du soldat Victor Escoffier.

Puis, l’enthousiasme se tarira vers la fin de la guerre, mais c’est une autre histoire, propre à la politique intérieure suisse…

 

En attendant dimanche 19 juin

Un avant-gout de ce qui vous attend dimanche prochain avec cette bande annonce de l'épisode 4. 

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Le Général Boulanger, un mélanchoniste ? Réponse le 12 juin – épisode 3

Un personnage subliminal apparait dans l’épisode 3, une figure historique de la seconde moitié du XIXe siècle: le général Boulanger.
C’est un autre général, également historien qui le donne à connaître dans la Renarde, le général André Bach, que nos abonnés, les renardiens, ont déjà croisé à propos du début la guerre de 1914.

Le General Boulanger apparaît dans l'intrigue
Le General Boulanger apparaît dans l'intrigue

Dans le livre numérique, il détaille plus longuement l’itinéraire curieux de ce général qui faillit prendre le pouvoir et renonça à faire un coup d’état.
Il apparaît dans les livres d’histoire grand public comme un réactionnaire et dans les livres spécialisés comme un homme de gauche.

Comme vous sans doute, je ne savais rien de ce personnage historique avant de plonger dans la fabrication de La Renarde.

Voici un extrait des propos tenus par le Général Bach, qui situent Boulanger dans son contexte :

"Il est resté ministre de la guerre trop peu de temps pour que les effets en soient visibles, mais il a bel et bien tenté de casser le système. Dans une optique d'extrême gauche, l'armée était l'obstacle à l'arrivée des masses au pouvoir. Il fallait absolument casser l'oligarchie du système, basé sur les familles nobles ou des officiers issus de Saint-Cyr ou de Polytechnique qui avaient pour projet de conserver le pouvoir par la connaissance. Boulanger cherche à en sortir, il est proche en cela des positions actuelles d’un Jean-Luc Mélanchon."

La création de l’école libre des Sciences Politiques, Sciences Po, est issue de ce même réflexe oligarchique. Ce sont des gens qui, après 1870, se disent : On rentre dans la démocratie, on risque de se faire étouffer... Il faut faire un effort de formation et de développement de compétences pour montrer que nous sommes encore les leaders. (…) si la classe dirigeante ne montre pas qu'elle possède des compétences supérieures aux autres, ne serait-ce que par la formation, elle aura du mal, en régime vraiment démocratique, où chaque voix compte, à conserver le pouvoir. L’époque peut ainsi bien aspirer à la démocratie, le seul moyen de l'éviter, c'est de montrer qu'il y a une classe supérieure... »

L’arrivée de Jean-Luc Mélanchon dans la Renarde était un peu inattendue, mais la problématique politique de notre époque ne paraît pas très différente de celle de la seconde moitié du XIXe siècle, telle que la brosse le général Bach. Le terme de démocratie a connu une belle fortune mais l’oligarchie est toujours aussi présente, elle s’est juste dissimulée durant un siècle. Cela commence à se savoir. Cela suffira-t-il à faire craquer le système ? Depuis la fin de l’union soviétique, je tiens pour acquis que les systèmes s’effondrent de l’intérieur…

Le général Bach et le général Boulanger vont revenir à de multiples reprises dans les épisodes suivants sans se croiser… Mais la clé de la présence du général Boulanger dans la Renarde ne vous sera donnée qu’au dernier épisode…

RDV Dimanche 5 juin pour l’épisode 2

Dans ce 2ème épisode, l'arbre généalogique de l'auteure commence à se dessiner : une tante raconte qu'en 1914, les habitants de Cocherel en Seine-et-Marne se sont enfuis devant l'avancée des allemands.

L'arbre généalogique commence à prendre forme
L'arbre généalogique commence à prendre forme

En parallèle du récit, une malle propose des contenus additionnels, on pourra alors découvrir un premier éclairage du général André Bach sur la Bataille de la Marne, le siège de Maubeuge et l'esprit de l'armée française en 1914.
Son éclairage d'ancien professeur de tactique à l'École de Guerre est à retrouver dans d'autres épisodes à venir...E2.General Bach armée en 14 Quant aux fantômes du passé, ils commencent à faire surface...

2.Bruno C secret affect

 

 

Épisode 1 « quand je ne savais rien »

Ça y est, le premier épisode de La Renarde est en ligne ! (avec les premières minutes en accès libre). Dans celui-ci, il est question de l'origine de la démarche, et du cadre de cette enquête fascinante.

La narratrice se remémore les maisons familiales qui ont compté pour elles. L’une d’entre elle a été vendue il y a bien longtemps mais demeure toujours présente dans l’imaginaire familial : elle est située en Seine-et-Marne, dans le village de Cocherel, tout près de Meaux.

 

On y rencontre aussi :

  • Nathalie Heinich, pour une approche sociologique des rapports maisons-familles

    L'interview est à retrouver dans la malle de La Renarde
    L'interview est à retrouver dans la malle de La Renarde

Anne Debarre, architecte, donne un éclairage historique de l'architecture domestique et l'évolution des habitations dans leur contexte social.

Le rapport maison & territoire dans l'histoire
Le rapport maison & territoire dans l'histoire
  • Une introduction à la psychanalyse transgénérationnelle avec Bruno Clavier et Danièle Flaumenbaum
Une introduction à la psychanalyse transgfénérationnelle
Une introduction à la psychanalyse transgénérationnelle

Pour s'abonner, et soutenir le projet, rendez-vous sur le site. Retrouvez les anecdotes du tournage dans la rubrique making of du blog.